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27 janvier 2010 3 27 /01 /janvier /2010 05:08

  vitrail-2.jpg  "L’esprit… Il en est de ce mot-clé comme des quelques autres mots-clé : si transparent, si évident que soit son sens pour notre intuition, il se montre absolument rebelle à la définition. On ne peut le définir que négativement. Dire ce qu’est l’esprit, non ; dire ce qu’il n’est pas, oui. Ce qui n’est déjà pas si mal !
    Tout de même, il est une manière de faire référence positivement à la nature de l’esprit. Elle n’est guère satisfaisante intellectuellement, c’est vraiment le moins qu’on puisse dire ! Mais elle est peut-être parlante :
    L’esprit commence au moment où l’esprit s’éprouve comme esprit.
    Le sens du mot sujet peut être abordé directement dans les même termes : le sujet commence d’exister au moment où il s’éprouve lui-même comme sujet. C’est ce qu’on peut dire de moins bête sur l’esprit et le sujet.
    Dans cet éclairage, devenir un esprit, c’est se reconnaître en tant que tel. Alors, qu’est-ce que, fondamentalement, l’esprit n’est pas ?
    L’esprit n’est pas matière. L’esprit est irréductible à tout phénomène matériel, quel que soit son degré de fluidité. Toute conception assimilant, si peu que ce soit, l’esprit à une matière, est perverse, c’est un crachat adressé directement à ce principe sacré qu’est l’esprit. C’est la raison pour laquelle je me hérisse quand j’entends parler de corps fluidique ou astral.
    Il n’est pas suffisant de dire que l’esprit est immatériel, on doit aller plus loin. L’esprit est irréductible à tout phénomène spatial. L’esprit est fondamentalement immatériel et inétendu. Dans la mesure où nos sensations nous apparaissent comme engagées dans l’étendue, l’on doit affirmer que la part authentiquement spirituelle de nous-même est fondamentalement non-sensorielle. Quand cette triple intuition est là, l’esprit est là. Si elle est défaillante, l’accès à l’esprit nous est barré.
L’esprit est donc à jamais in-situé, et in-situable.
    L’esprit n’a donc ni forme ni couleur ni consistance d’aucune sorte.
    Et au fait, qui est l’esprit, l’esprit pur ?
    L’esprit est moi.
    Il faut ajouter que l’esprit existe sous deux états : un état A s’imposant nécessaire et absolument premier, qui correspond à ce qu’on entend couramment par ‘esprit pur’ et ‘âme’ ; et un état B s’imposant, lui à l’intelligence comme complexe, contingent et second, qui correspond à ce qu’on entend couramment par ‘mon esprit’ pouvant être évoqué plus poétiquement comme celle qui unit la source et l’eau qui jaillit d’elle… Une autre manière plus décisive d’évoquer cette même relation est de dire que ‘mon esprit’ est la pure imagination de l’esprit pur’ ou ‘âme’.
Mon esprit, siège de tous les phénomènes intellectuels et mentaux n’est pas moins immatériels et inétendu que l’esprit pur. Contrairement à l’idée reçue, ‘mon esprit’ est de pure nature spirituelle.
Alors, que trouve-t-on dans ‘mon esprit’, dans ‘un esprit’ ?
    On y trouve un sujet, qu’on doit qualifier de second relativement à ce sujet premier qu’est l’esprit pur, ou âme et qu’on peut utilement se représenter comme la résurgence du sujet premier.
Ce sujet accomplit un certain nombre d’actes qui lui sont propres, et qui correspondent, en gros, aux différentes facultés intérieures que nous nous reconnaissons. L’acte de la pensée, bien sûr, vient en bonne place, parmi ces actes et, à mon avis, intervient une seconde fois dans cette activité interne en la sous-tendant entièrement ».


Stephen Jourdain

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commentaires

joaquim 11/02/2010 19:29


Bonjour varna,

C'est que ta chaussure ne se pose aucune question sur son statut de sujet, alors que toi tu le fais — enfin j'espère. Pour ta chaussure, le sujet qu'elle est coïncide parfaitement avec son être.
Chez toi par contre, comme chez moi aussi, il y a une faille entre le sujet que je me sens être, et l'être que je suis. Une faille qui laisse place à la question. A un étonnement stupéfait.
Pourquoi suis-je moi ? Mon identité de sujet ne va pas de soi. Elle pose question. Cette question n'est pas rhétorique, elle est essentielle : c'est en me la posant que je me saisis comme sujet, et
que surgit une nouvelle forme d'être sujet par rapport à moi et au monde. C'est à partir du moment où je me la pose que je deviens ce nouveau sujet. Un sujet éminemment problématique, puisqu'il n'a
pas plus d'épaisseur qu'une simple question. Un sujet qui n'est pas de l'être, comme la chaussure, mais qui se tient en marge de l'être. Comme le dit Wittgenstein, « Le sujet n'appartient pas au
monde, mais il est une frontière du monde. » (tractatus 5.632)


varna 11/02/2010 12:05


"" le sujet commence d’exister au moment où il s’éprouve lui-même comme sujet. C’est ce qu’on peut dire de moins bête sur l’esprit et le sujet.""

1) " ... au moment où ..." - Ah oui ? Et avant qu'est-il donc ? Les deux sujets de la proposition ne sont manifestement pas les mêmes, le "il" du milieu de phrase (mais qui est-ce ?) fait la
transition ... magique.

2) Ma plante et mon soulier sont comme moi au monde. Partant, ils sont sujets du verbe être au monde. Je crois qu'au mieux ils éprouvent qu'ils sont - et le monde. Mais à ce stade de (l'évolution
de) l'être au monde, il semble qu'on se passe aisément de la conscience de soi, qu'on a que faire d'être "pour soi" "sujet".
3) Le sujet commence AUSSI d'exister quand je lui attribue ce qu'il fait. Le caillou tombe = le caillour existe. C'est-à-dire malgré lui ... sujet de ma grammaire.
4) Et pourquoi aurais-je à déclarer à partir de quand quelque chose existe ! C'est déjà la faire exister (fut-ce simplement comme nom, comme chose de l'esprit) avant même d'énoncer !
5) Que fait ici Jourdain ? Il cherche à transposer je ne sais quoi dans quoi, mais la suite sûrement l'indique clairement. Pour moi les carottes sont déjà cuites, comme trop souvent avant de
cuisiner ensemble. Je n'irai pas plus loin dans ma lecture, na.


Annhonym 10/02/2010 23:26


Innomable, c'est Innomable.JE, c'est déjà un "nom"...=sujet= objet, et tout et tout?
.


Renard 11/02/2010 04:45


Sujet=objet et tout et tout. Bien sur! N'oublie pas que le Renard il dit que la dissolution du sujet et de l'objet est impossible.Point. Fusion mais pas confusion.L'unité c'est toujours l'unité de
quelque chose.


joaquim 10/02/2010 21:43


C'est justement parce qu'il est incapable d'être objectivé, que JE se nomme le NOM INNOMMABLE.


Annhonym 10/02/2010 14:16


Et voilà: c'est dit: CE qui perçoit ne peut être objectivé! et par cela même il ne peut être subjectivé...!
Aussi simple, que cela
c'est exactement ce que nad voulait dire aussi, donc elle a aussi tout dit....


Renard 11/02/2010 04:37


La subjectivation...lol...la subjectivité n'est pas une qualité qui peut être attribué. C'est comme dire que puisque le regard ne peut être vue , il est vain de l'appelez regard! Le regard ne peut
être vue mais il est en soi une évidence et il fut nommé "regard". Dire Je ou moi ce n'est pas enfermer dans une définition, mais pointer dans la bonne direction.


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