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20 avril 2010 2 20 /04 /avril /2010 02:06


calligraphie.jpg"Notre être intérieur en position de lecture."

Nous nous trompons sur la nature même de notre esprit. Nous le créditons constamment d’une pseudo-réalité. Nous considérons, ce qui est absolument irréel, qu’à l’intérieur de notre esprit tout se passe, comme sur terre, sur un mode perceptif. Et nous sommes dans l’impression constante que notre esprit ou notre moi, y compris notre être le plus intime, fonctionne comme notre être terrestre : qu’il est fait pour commercer avec des êtres et des choses. Ceci est entièrement faux !! Notre être le plus intérieur n’est pas fait pour commercer avec des êtres, des choses et des évènements, il est conçu pour commercer, à travers des "signes", avec "du sens".

En d’autres termes, notre être intime ne perçoit pas, il lit.

Et nous nous trompons en croyant que notre moi est fait pour voir, ou percevoir des "êtres" et des "choses", alors qu’il n’a jamais eu pour seul commerce que le "sens", par la médiation de "signes". Notre être intérieur est, en fait, éternellement en position de lecture. Et la vie intérieure habituelle n’est que la dégradation de cette caractéristique de notre esprit. Dès l’instant où nous en avons l’intuition, (qui devrait nous montrer que nous commerçons avec du sens par l’intermédiaire de signes), nous comprenons très bien que l’acte fondamental de l’esprit est un acte de lecture.

Jamais du "signe" et du "sens" n’ont pu exercer un effet négatif sur une âme !

Nos sentiments et nos émotions sont des espèces d’objets qui nous font peur comme sur terre des bêtes féroces pourraient induire que nous sommes vulnérables. Nous sommes vulnérables physiquement, oui ; mais intérieurement, est-ce que quelque chose peut attenter à mon intégrité ? Non, jamais du "signe" et du "sens" n’ont pu exercer un effet négatif sur une âme ! L’innocuité du signe et du sens est absolue et donc, si nous changions l’optique que nous avons sur notre fonctionnement intérieur, nous comprendrions, dans un éclair éblouissant et extraordinairement apaisant, que, dans le monde du signe et du sens, nous ne pouvons pas être blessés ou atteints. Et il existe bien une paix exquise due au commerce propre de notre esprit.

Cette caractéristique de l’esprit vrai, qui commerce uniquement avec du signe et du sens, et jamais avec des choses, des êtres ou des évènements, n’est pas évidente si nous ne considérons que la surface de l’esprit. Cela apparait lorsque nous nous enfonçons dans l’intériorité profonde, près de la source, où cela devient tout à fait clair. Suite à cette première approximation, nous pouvons maintenant faire état d’un phénomène spirituel qui est généralement totalement ignoré, même s’il y a quelques références chez Sartre — qui sont celles que j’ai trouvé sans avoir vraiment cherché !
Pour cela, je vais être obligé de faire ici un peu de peinture métaphysique.

"Un peu de peinture métaphysique :"

• Il y a «je suis conscient» : c’est l’amont absolu.

• Et puis, «je suis conscient» génère un phénomène externe qui est «je pense» considéré comme un principe.

• Et «je pense» génère la création ou la mise en place des choses, qui est l’invention et la mise en place d’Eden.

Arrêtons-nous ici un instant, et posons-nous ce genre de question très étrange : comment «Je» pense ? Comment "notre pensée", à sa source, se communique-t-elle, à elle-même, son propre contenu ? Ou encore, comment le sujet pensant se communique-t-il à lui-même sa propre existence ? Pour une bonne description, il y a une réponse à cette question qui, à mon avis, est d’une importance extraordinaire pour la bonne raison qu’elle a une incidence pratique.

Comment «je pense» communique-t-il avec lui-même, s’agissant autant de la pensée émise que de l’existence de «Je» ou du «sujet» ? Eh bien, très extraor­dinairement, cette communication n’est pas directe, mais indirecte, et passe par le biais d’une "symbolisation". Ceci est un phénomène d’une importance inouïe, parce que c’est ce "phénomène de symbolisation" qui va d’abord se dégrader et mettre en place notre déchéance spirituelle. Mais comment cela se passe-t-il concrètement (car bien sûr c’est un phénomène tout à fait réel et concret tout en étant enfoui dans les profondeurs de nos esprits) ?

En fait, très étrangement, en amont de moi-même, la pensée que je produis accède à son contenu par voie de "symbole". On pourrait penser que, dans un premier temps, elle se communique directement son propre contenu, mais il semblerait que pour que cette connaissance soit parfaite, elle soit obligée de se réitérer et donc de produire, elle-même, un "symbole" ; c’est-à-dire de s’auto-symboliser pour se donner légitimement un contenu.

Mais maintenant, la question se pose concrètement : de quel symbole s’agit-il ?

Eh bien, il s’agit d’un "dispositif symbolique" qui jaillit directement de l’intériorité, constitué par une imagerie mentale profonde totalement non consciente, dans l’état "dit" vigilant, mais toujours là, et que nous connaissons admirablement comme le fond de notre poche, sauf que cela n’a jamais croisé notre pensée, n’a jamais été nommé ou baptisé, si bien que cela échappe à notre conscience d’homme. C’est donc un langage, mais un langage extraordinairement antérieur au verbe humain.

C’est en tout cas par le biais de cette imagerie symbolique que le sujet que nous sommes se communique à lui- même sa propre existence. En fait, ce mode de fonctionnement est caractéristique de l’état d’innocence. C’est un mode d’être qui fonctionne très bien, quoique légèrement entaché d’imperfection, et qui a pour principe que l’accès à l’être, ne peut se faire que par la médiation de symboles, par une sorte de lecture existentielle.

Ce mode d’être –je le répète– qui n’est pas par­fait, veut que la vie vaille la peine d’être vécue. C’est lui qui assure à l’enfance cette merveille et ce prestige qu’elle peut avoir pour les adultes. Il fait en sorte que notre pensée atteigne son propre contenu par voie symbolique, et que le moi que nous sommes soit au fait de sa propre existence, et existe authentiquement, également par voie symbolique. Cette imagerie mentale primordiale, toujours à l’oeuvre au fond de nous, est parfaitement repérable, mais la difficulté de repérer cette imagerie, est qu’elle est non figurative, et que nous avons du mal à reconnaître une image mentale lorsqu’elle n’est plus figurative. Elle n’a pas besoin d’être précise, ni de figurer quoi que ce soit, puisqu’il s’agit d’une écriture qui a la seule fonction d’être lue.

Puis, quand la mécanique d’auto-symbolisation se sera pervertie, et aura été mal approchée, se met­tra en place un dispositif de type perceptif. Dans cette situation que nous connaissons tous, alors que l’esprit est fait pour lire ou commercer avec du "signe" et du "sens", tout d’un coup il commerce avec des "êtres" et des "choses".

"Exemple avec un drapeau ou le mot Dieu"

Pourtant, il n’y a aucune différence de nature ou de structure entre cette lecture et celle d’un journal ou la lecture d’un drapeau. Imaginons un instant que le drapeau allemand soit là devant moi ; il s’agit bien d’un symbole mais, par une défaillance, je ne le vois plus comme symbole. Et il ne reste plus de cet objet que sa matérialité, la texture du tissu, tandis que la lecture prétend se faire. Que s’est-il passé à ce moment-là ? J’ai identifié monstrueusement les étendues germaniques au tissu du drapeau, à sa trame. Nous ne pouvons concevoir de folie plus grande que cet assassinat du sens : le sens que signifie le drapeau s’est effondré dans la matérialité du signe.

Autre exemple, j’écris Dieu sur un bout de papier, ce qui est un sens assez noble ! Mais, tout d’un coup, je deviens fou et j’identifie le sens aux taches noires inscrites sur le grain du papier, de sorte qu’il n’y ait plus que les taches tandis que la lecture continue à s’effectuer dans la tache pour s’y réduire totalement. Nous assistons là à un double meurtre : le meurtre du sens et le meurtre du signe. Nous ne pouvons pas ima­giner une destruction intime plus effroyable que celle-là. A mes yeux, c’est l’expression première du déraillement originel au terme duquel tout élément, tout champ de conscience va être avili, dégradé, mas­sacré, avec tout ce qu’implique cette identification : déchéance, dégradation, séparation… A ce moment précis, cette imagerie mentale n’est plus traitée comme un symbole, elle est désymbolisée tandis que je ne retiens plus que la tache. Quand ce symbole se détruit et, qu’au lieu de commercer avec lui, je ne commerce plus qu’avec les éléments du symbole — avec les taches — il n’y a plus de symbole…

De même ce que «je suis» est réduit, de façon immonde et atroce à la tache… Et voici l’âme humaine réduite à une petite pustule blême et lunaire qui constitue tout ce qui reste du symbole «moi» ! Je pense que cet événement-là est la première des­cription que l’on peut faire de la perte de soi, de la rup­ture avec Dieu. Etre exilé de Dieu, c’est d’abord cesser de lire cette phrase originelle et ne retenir que la tache, à cet instant où « je suis » est entièrement réduit à la tache ; nous ne pouvons pas imaginer pire destin !

Quand nous étions enfants et que les choses se passaient bien, Dieu était encore à naître, mais « Il était déjà », même sous une forme imparfai­te. Nous passions notre vie à frémir et la vie était là, glorieuse, et, dans le fond, nous étions vivants et nous vibrions tout le temps. Puis, ce terrible accident s’est produit, et notre propre symbole a été tué ; nous n’avons retenu que le support sensible du symbole, nous nous sommes effondrés. Ce sens miraculeux «moi», qui est une même chose que cette existence absolue, s’est effondré, et notre âme, notre principe spirituel, s’est trouvée réduite à la tache : elle a sombré dans l’ex-symbole. Dieu a sombré dans les pattes de mouche informes que sont les caractères d’imprimerie.

Je ne crois pas que je puisse dire quelque chose d’aussi important que ça. Bien sûr, je ne suis pas en train de faire le portrait du bien, mais de fouiller les entrailles du mal. Je touche là l’abcès central par quoi commence notre déchéance : un dysfonctionnement de la fonction symbolique. Si le mal est très grave et très difficile à exhumer, il a au moins cette vertu de pouvoir s’exprimer simplement !

Cette symbolisation est-elle encore nécessaire dans l’éveil ?

C’est une question fondamentale, mais avant de l’aborder, parlons de la déchéance de ce phénomène, de cet instant terrifiant où le merveilleux de ce phénomène d’auto-symbolisation va se détruire et la lecture ne plus s’effectuer. Sur ce point, nous pouvons décrire très précisément ce qui se passe dans le sein d’un esprit. Un symbole est comme une fenêtre ouverte sur la signification ou le sens. Les matériaux qui consti­tuent la fenêtre sont des éléments de type sensible, qu’ils soient réels ou imaginaires. Il y a donc le sup­port matériel du symbole et le symbole proprement dit. Si j’écris «Dieu» sur une grande feuille de papier, ou «moi», mais disons Dieu, c’est plus modeste, il y a le symbole, le mot, et l’encre d’im­primerie, les taches noires et le grain du papier. En regardant ce papier, il parait naturel de voir le mot «Dieu», mais, en fait, ce que nous voyons, ce sont des taches noires sur du papier.

Au moment même où le symbole est "désymbolisé", et qu’il ne reste que l’image brute et matériel­le, la lecture continue à vouloir se faire et la signifi­cation est immédiatement identifiée et réduite au support du symbole. Ainsi, dans notre exemple, le sens «Dieu» s’effondre dans le grain du papier, sombre dans les petites taches et y agonise. C’est ici la destruction du sens par réduction au support matériel du symbole.

Le symbole «moi», qui est tout à fait occulte et purement implicite, peut être de nature visuelle ou auditive, ce qui ne change rien au fait ; car je deviens alors cette espèce de bruit de cigale, qui était une porte par laquelle j’accédais à moi-même, à mon être véritable. Je deviens ce bruit ou cette évocation de bruit et je me réduis à ce bruit. Tout le sens «moi», tout le sens «je sui », tout le sens «Dieu», toute la valeur présente dans l’univers va se réduire à un petit paquet d’éléments sensibles et dérisoires. Je suis cette tache, je suis cette petite évocation furtive d’un disque grisâtre. Et s’il ne s’agissait que d’un enfermement ce ne serait pas grave : non seulement je suis dans une geôle, mais je suis en plus dénaturé. Cet enfermement correspond à une dénaturation de l’es­prit pur, de l’être et de la «moi-ïté».

Cet effondrement est bien sûr le même que celui de l’esprit dans la matière. Ce phénomène de réduc­tion de l’esprit à la matière est d’ailleurs une tentation. Et l’intuition de la nature purement spirituelle de l’esprit est extraordinairement rare, même si nous l’avons tous parce qu’elle n’est pas morte en nous. Mais on peut à peine en parler comme d’un témoin parce qu’elle n’est presque plus là. En fait, la matérialisation de l’esprit est un crime, c’est la mort de l’image-symbole «moi». C’est la mort de ce signe et de ce sens suprêmes.

Une des grandes voies vers l’éveil est l’exhumation de cette tombe spirituelle. Et l’acte désidentificateur consiste à projeter la lumière de la conscience, Moi, sur cette image, et, par ce simple acte, émerger de l’image. Intuitivement, nous pouvons concevoir qu’il exis­te une pensée première, qui serait la mère de toutes les pensées, et qu’il nous reste à en prendre conscience pour devenir ce que nous sommes. A quoi mon âme se réduit-elle, et dans quoi se dénature-t-elle de façon effroyable ? Nous pouvons dire que c’est une pensée dogmatique inouïe ainsi qu’une image ; il y a les deux versants. Et nous accèdons à la racine du mal par les deux versants simultanément.

 

Stephen Jourdain

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commentaires

joaquim 03/05/2010 22:33


Bonjour Renard,

Je crois que ce dont il est FAIT, c'est d'acte d'être. Et je suis entièrement d'accord avec toi : « Et l'acte de désidentification EST l'acte par lequel le symbole moi révèle sa nature et me
resstitue son sens vivant...moi. » L'acte de désidentification, c'est se dépouiller de tout, hormis l'acte d'être. C'est même devenir cet acte d'être.

Je suis aussi d'accord pour dire avec toi qu'on ne puisse pas s'identifier à du sens pur. Parce que pour y accéder, il faut justement accomplir, de manière totalement transparente, l'acte d'être. «
L'acte par lequel le sens pur s'effondre dans le signe est l'acte par lequel je m'identifie à une image de moi-même. » A ce titre, je vois ce que tu veux dire en prétendant que le sujet se trouve
au même niveau que le sens pur. Pourtant, le sujet va encore plus profond, à mon avis. Il englobe tout.


Renard 04/05/2010 02:10



Alors oui vraiment le Joaquim il ne peut pas se tromper sur ce coup là, le sujet va toujours plus profond. Plus profond et encore plus profond. En fait on pourrait simplifier en disant que quoi
que l'on croit être,on est plus toujours plus. Toujours. Et pour ce qui est de L'acte d'être le Joaquim à bien sur aussi raison, mais le Renard (avec sa manie maladive et désagréable de pointer
le détail)aimerais préciser que je suis l'acte et la cause de l'acte...sans jamais devenir l'effet. Car devenir l'effet....est un autre visage de l'acte d'identification. Et donc être FAIT de cet
acte...est une formulation qui sonne drôle pour Renard,même si Renard croit comprendre ce que veut dire le Joaquim.



David 02/05/2010 21:43


On n'est pas du sens et du signe et pourtant on passe son temps à jouer avec du sens et du signe. Un pied ici, un pied là bas ?


manira 02/05/2010 16:27


Oui , le ''VIF'' du sujet... VIE, est-t-elle ....VIVE est-t-elle...blessure, douleur, joie... à même l'HUMANITE...Serait-ce un mal pour un bien ???


joaquim 02/05/2010 15:00


Pour dire que l'innocuité du "signe" et du "sens" est absolue pour notre être intérieur, il faut nécessairement que cet être intérieur soit fait d'autre chose que de signe ou de sens. Sans quoi du
sens dévoyé serait aussi dangereux pour lui que des virus informatiques pour un logiciel. Je crois que c'est là l'"information" capitale : nous ne sommes pas faits de sens. Tant que nous nous
identifions à du sens, à un but, à n'importe quoi de représenté, ou même de symbolisé, nous sommes en danger. Réellement en danger, puisque celui qui s'identifie ainsi ne risque rien moins que de
disparaître. Que cela soit la plus grand grâce qui puisse lui être accordée, il ne s'en rendra compte qu'après-coup...


Renard 03/05/2010 04:38



Alors oui vraiment le Joaquim il à tout a fait raison de dire que Moi n'est pas limiter par le sens pur. Par contre Renard ne croit pas que cet être soit "FAIT" d'autre choses non plus. Il n'est
pas fait de quoi que se soit. Renard est nul pour les expliquations et tout et tout alors il va dire comme ça vient et comprennent qui pourra et les autres ne manquerons pas grand choses au fond.
Renard par contre ne croit pas qu'on l'on puissent s'identifier à du sens pur(qui n'a rien a voir avec un But ou une quelquonque idée de direction), car l'acte par lequels le sens s'effondre dans
le signe EST l'acte par lequel je m'identifie à une image de moi-même. Le sens pur précèdent l'identification...il est en amont. Et l'acte de désidentification EST l'acte par lequel le symbole
moi révèle sa nature et me resstitue son sens vivant...moi.



manira 02/05/2010 02:31


Les passages sur l'enfance aide peut-etre ,non pas a saisir , mais a ETRE SAISIE....BOOOOH!!!


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